Swoon, la banque à l'endroit

Ils dépoussièrent la Banque depuis un espace de coworking

Où travailler quand on vient de créer son entreprise ? S’approprier la table du salon ? Louer un bureau ? Intégrer un espace de coworking ? C’est ce dernier choix que Victoire et Quentin, les fondateurs de Swoon, une néo-banque française, ont fait à la création de leur start-up. Rencontre avec deux curieux qui dépoussièrent le monde de la Banque.

Swoon, néo-banque française

Victoire & Quentin Haddouche

Fondateurs

Qui êtes-vous ?

Victoire – Je m’appelle Victoire, j’ai 31 ans et j’ai co-fondé Swoon avec Quentin, mon mari. J’ai fait des études de droit et d’ingénierie de projets urbains et sociaux. J’ai exercé dans le secteur médico-social et dans des collectivités territoriales. Rien à voir avec le secteur bancaire ! Et c’est plutôt une force car j’apporte une autre perspective, une autre vision. Chez Swoon, je m’occupe du marketing et de la communication.

Quentin – Moi c’est Quentin, j’ai 32 ans, et contrairement à Victoire, j’ai un passé dans le secteur bancaire. Côté études, j’ai fait une école de commerce puis j’ai travaillé une dizaine d’années dans le domaine de la banque et les structures d’aides pour les TPE / PME. Je m’occupe principalement des aspects financiers et techniques chez Swoon.

Quelle est l’origine de Swoon ?

VictoireSwoon n’est pas le premier projet de Quentin. Il a créé auparavant une autre société qui avait pour but de vendre du financement aux TPE / PME. Mais il y a eu un souci d’image : elle était plutôt perçue comme du crowdlending, attirant pour les entreprises mais peu pour les particuliers.

À l’époque, je travaillais dans le logement social au sein de la métropole lilloise. On parlait beaucoup du livret A et de son utilisation qui est censée financer le logement social. Sauf que dans les faits, de l’épargne à la redistribution de l’argent, tout est assez opaque. On ne sait pas vraiment comment et où transite l’argent, et s’il arrive à son but final.

En plus de beaucoup discuter avec notre entourage, nous sommes partis de ces deux constats pour élaborer une solution alternative qui :

  • donnerait de la lisibilité à de l’épargne avec un rendement supérieur aux livrets réglementés ;
  • donnerait du sens à l’argent déposé en étant transparent sur son utilisation ;
  • fournirait un compte de paiement classique avec une carte bancaire.

Vous avez décidé de créer une banque alternative. N’est-ce pas périlleux d’entrer dans le monde secret et intouchable de la Banque ?

Victoire – Déjà, nous ne sommes pas une banque à proprement parler. Nous sommes un agent d’établissement de paiement, et donc une entreprise privée. Pour pouvoir établir un compte de paiement (le compte courant comme on l’appelle communément), il suffit de demander un agrément à la Banque de France. Il est certes long à obtenir mais peut l’être par toute entreprise, ce qu’ont fait Lydia ou Pumpkin par exemple.

Nous n’avons pas d’ambitions démesurées, nous commençons petit par une bêta test avant d’ouvrir au grand public. C’est un monde qui reste tout de même accessible, il faut juste ne pas brûler d’étapes.

Quentin – Pour nous, le vrai challenge n’est pas tant sur l’aspect technique ou purement financier. Il repose sur la perception de la Banque et de la culture financière, aussi bien au niveau des utilisateurs que de l’industrie financière. Les gens sont habitués à faire confiance à leur banque même s’ils ne savent pas ce qui est fait avec leur argent. Nous n’avons pas vocation à révolutionner la banque. Nous voulons juste montrer qu’il est possible d’avoir un rendement à 3%, sécurisé comme dans une banque traditionnelle, avec une vraie traçabilité de l’argent de son dépôt sur le livret jusqu’à son utilisation.

En quoi Swoon diffère-t-elle d’une banque traditionnelle ?

Victoire – Une banque traditionnelle va proposer un compte courant qui peut être à découvert, ce qui est en fait une sorte de crédit. Chez Swoon, les comptes de paiement n’ont pas de découvert autorisé.

Une banque va également proposer des livrets réglementés (livret A, Livret de Développement Durable, Plan Épargne Logement, etc.). Elle ne peut donc pas fixer de taux supérieur à ce que l’État a décidé, ni la manière dont elle va investir l’épargne.

Chez Swoon, nous voulons à la fois que les utilisateurs aient un livret qui leur rapporte mais aussi qu’ils sachent que l’argent déposé sur leur livret sert à financer les entreprises inscrites dans l’économie réelle, comme des TPE/PME, des agriculteurs qui font du bio, des artisans, des commerçants, etc.

Avez-vous eu des aides de la part d’organismes ?

Quentin – Non, pas vraiment. Elles ont le mérite d’exister et c’est une bonne chose. Mais pour moi, le problème des aides, c’est soit tout blanc, soit tout noir. Soit tu n’es pas dans la bonne case pour y avoir le droit, surtout dans le milieu financier qui ne jouit pas d’un accès favorable, soit ton projet n’est pas suffisamment, ou au contraire trop, avancé. Et pour Swoon, nous sommes dans ce cas-là.

Le seul point positif, c’est que nous sommes entrés dans l’incubateur d’Euratechnologies à Lille. Nous espérons que cela nous aidera à avancer rapidement dans notre projet.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ? Et les plus beaux succès ?

QuentinCréer une entreprise est plutôt facile aujourd’hui, surtout qu’on peut se faire aider par une structure pour faciliter les choses. C’est surtout la lenteur de l’administration qui pose problème, et celle des organismes dont on dépend pour avoir les agréments, comme la Banque de France par exemple.

Le plus difficile à gérer est l’impatience des utilisateurs, sachant que nous avons à peine 1 an d’existence. Nous sommes encore en phase bêta et avons, bien évidemment, encore des choses à améliorer (application, site web, etc.).

Quand on est petit et qu’on n’a pas les ressources en interne, on passe aussi par des prestataires et nous sommes dépendants de ces derniers.

J’avais aussi peur que la partie confiance de la part des utilisateurs soit difficile à acquérir. Mais finalement ça c’est fait assez naturellement donc nous sommes plutôt contents.

Vous avez choisi de domicilier vos bureaux dans un espace de coworking. Pourquoi ?

Quentin – Quand j’ai fondé ma première entreprise, j’ai passé plus de 2 ans chez moi à travailler sur ma table de salon. J’ai fini par saturer. J’avais besoin de voir des gens et d’échanger sur de multiples sujets.

Victoire est tombée enceinte et, à 2 dans l’appartement, ce n’était pas possible. Victoire a trouvé l’espace de coworking Now Coworking basé dans les locaux de la CCI de Lille. Nous l’avons visité, cela nous a plu. Le lieu est magnifique et j’y ai fait de belles rencontres.

L’idée de Swoon s’est aussi consolidé au sein de l’espace de coworking, en discutant avec les gens. Je testais en live l’offre produit et j’avais des retours immédiats.

Comment voyez-vous la fonction d’entrepreneur aujourd’hui ?

Victoire – Quelqu’un d’entrepreneur est une personne capable de mener l’aventure pour l’expérience de l’entrepreneuriat. C’est un challenger avant tout. Il se définit plus par des qualités personnelles. C’est un coureur de fond.

Quentin – Pour moi, un entrepreneur est plus une personne qui est partie d’un constat, qui a eu la capacité d’analyser quelque chose qui ne fonctionnait pas et qui a eu la volonté de résoudre un problème.

Quel(s) conseil(s) prodigueriez-vous à des entrepreneurs ?

QuentinAvoir l’esprit ouvert. Accepter que l’idée de départ puisse évoluer, pivoter. Savoir écouter les retours, accepter la solitude. Se dire aussi que faire une erreur ce n’est pas grave. Mais faire deux fois la même erreur, c’est grave.

Victoire – Ne pas hésiter à (se) remettre en question. Ne pas avoir peur de travailler seul(e) mais aussi savoir bien s’entourer, pour avoir du soutien, un socle solide. Savoir prendre du recul et se mettre à la place des personnes qui critiquent pour connaître leur raisons. Etre endurant. Et un peu fou aussi !

Swoon

Mettez la banque à l’endroit. 

1 compte de paiement – 1 livret à 3% – 0 frais, où que vous soyez 

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