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Un saut dans la nature

Un nouveau label à suivre : Campagne d’entrepreneurs

Aux côtés des panneaux « Villes et Villages fleuris », « Ville internet » et autres « Pavillon bleu » à l’entrée des communes, pourrait bientôt apparaître un nouveau label, Campagne d’entrepreneurs, porté, en particulier, par Guillaume de Rouville. Interview.

Découvrez campagne d entrepreneurs, un nouveau label pour les villages de France ?

Ben Adams

Président / CEO de Better life factory
betterlifefactory.com

Vous créez le premier label des écosystèmes innovants à la campagne pour promouvoir l’entrepreneuriat, et ses soutiens, en dehors des grandes villes. Existe-t-il réellement des initiatives différentientes en milieu rural ? 

Le premier objectif du label « Campagne d’entrepreneurs » est de montrer que les campagnes ne sont pas en reste en termes d’entrepreneuriat et d’innovation par rapport aux villes importantes et aux métropoles. Il ne s’agit pas tant de souligner les différences entre campagne et ville, mais plutôt de changer le regard que l’on peut porter sur les campagnes françaises qui ne sont pas uniquement de superbes paysages, des lieux où il fait bon passer quelques jours en vacances ou sa retraite, ainsi qu’un patrimoine culturel incroyablement divers. Les campagnes sont également peuplées d’entrepreneurs et d’innovateurs qui bâtissent l’avenir économique et technologique de notre pays. Autrement-dit, les campagnes bouillonnent d’idées et d’initiatives que le label se propose de mettre en avant en reconnaissant les efforts entrepris par les acteurs publics et/ou privés qui ont réussi ou ont la volonté des développer des écosystèmes favorables à l’entreprenariat et à l’innovation.

Pour répondre plus directement à votre question, je pense que l’on peut affirmer que ce qui différencie les approches entrepreneuriales innovantes issues des campagnes de celles des métropoles est une manière plus terre à terre, plus réaliste et pragmatique de développer son entreprise. On y a moins l’ambition démesurée de conquérir le monde et de transformer son idée d’application mobile (pour prendre un exemple quelque fois caricatural) en une entreprise monopolistique qui vaudra des centaines de millions de dollars à la bourse de New York ou de Londres dans 5 ans.

Chez Better Life Factory, nous avons l’habitude de dire que nous ne « chassons » pas les Licornes (ces startups évaluée à plus d’un milliard de dollars), autrement-dit des Chimères qui la plupart du temps s’illusionnent sur leurs capacités réelles à conquérir des marchés, mais plutôt les sangliers (les pme qui connaissent bien le terrain, ses obstacles et ses dangers et qui savent allier prise de risque, instinct et prudence pragmatique). Les entrepreneurs que nous accompagnons semblent plus réalistes, même s’ils restent ambitieux, ce qui est une qualité pour nous. Ils rêvent davantage de créer une PME pérenne qu’un nouveau Facebook ou Google.

Quelle priorité doit avoir en tête un entrepreneur lorsqu’il cherche où s’implanter ? 

Cela dépend en partie de la nature de son activité : s’il développe un logiciel, il peut sans doute s’installer où il veut (même là où il n’y a pas la fibre) ; s’il a besoin d’espace de stockage et de hangar, par exemple, il devra s’enquérir des lieux disponibles à la location ou à l’achat pour ne pas avoir à se relocaliser ailleurs ou devoir faire de nombreux kilomètres pour gérer ses stocks. Il doit se projeter à 5 ou 10 ans pour déterminer si le lieu qu’il a choisi permettra une évolution adéquate de son entreprise.

L’accès aux grandes villes, les voies de communication, l’identification des ressources clés sont également des considérations importantes.

Mais l’essentiel, c’est de trouver l’environnement humain, social et naturel qui correspond le mieux à sa personnalité et à son projet de vie (tant d’un point de vue familial que professionnel).

Vous avez vous-même fait ce choix d’Uzès et de l’entrepreneuriat en 2011 après une carrière internationale. Pourquoi ce revirement et pourquoi Uzès ? 

Après avoir passé de nombreuses années dans de grandes villes (Paris, Londres, Rio, Dakar), je voulais trouver un meilleur équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie privée et je ne voyais pas bien comment élever dans de bonnes conditions des enfants dans des zones urbaines congestionnées et offrant un accès difficile aux bonheurs simples que nous propose la nature (vélo, randonnée, observation des saisons, de la faune et de la flore, etc.).

C’est donc d’abord un choix non professionnel qui m’a amené à Uzès proche d’une région (les Cévennes) qui est celle de mes ancêtres Huguenots où j’ai passé mes grandes-vacances d’enfance et d’adolescence chaque année.

Quand on débarque à la campagne, on ne doit pas s’attendre à trouver un travail salarié. La situation de l’emploi n’y est pas toujours facile, alors il faut se retrousser les manches et se dire que l’on peut très bien développer sa propre activité économique si l’on est prêt à aller vers les autres et que l’on n’a pas trop peur de l’échec.

La chance de vivre dans une ville de petite taille ou dans un village, c’est que l’on y rencontre très vite les personnes qui aiment faire des choses, agir et qui s’engagent. Les échanges sont simples et ne nécessitent pas de passer par des nombreux filtres comme dans les grandes villes où, avant d’atteindre le PDG d’une entreprise ou un élu, il faut obtenir l’imprimatur de toute une hiérarchie d’intermédiaires. Les « faiseurs » en tous genres sont aisément accessibles.

En moins de dix ans passés à Uzès, j’ai l’impression d’avoir réalisé plus de choses concrètes et rencontré plus de personnes qui me correspondent qu’en 30 ans à Paris !

Ma conviction est que les campagnes sont des terres d’opportunité et d’aventure où l’on peut bâtir des projets durables plus aisément que dans les grandes villes !

Vous avez donc créé Better Life Factory, et le Gard doit vous en remercier. Envisagez-vous de vous dupliquer ailleurs ? 

Oui, je crois que ce que nous avons développé sur Uzès peut se répliquer partout. En moins de trois ans d’existence, à deux, nous avons accompagné plus de 50 entrepreneurs, réalisé 12 levées de fonds auprès de Business Angels et de fonds d’investissements pour nos clients, créé un événement mensuel qui réunit entre 50 et 100 personnes pour parler d’innovation et d’entrepreneuriat et lancé le Prix Innover à la Campagne au niveau national avec Milan Presse et des partenaires comme le magazine économique Capital, la Bpifrance ou Maddyness.

Il suffit de quelques personnes et d’un lieu où rencontrer les gens pour lancer des initiatives locales qui débordent ensuite rapidement vers le niveau régional et pourquoi pas national.

Avis donc aux bonnes volontés : nous sommes prêts à travailler avec elles pour lancer de telles initiatives et les aider dans les premières démarches. Vous pouvez me contacter directement dès que vous êtes décidé à passer à l’action ! 

Question piège : doit-on entreprendre avec son cœur (là où on peut s’épanouir et apporter quelque chose à son environnement) ou avec sa tête (sur les Champs-Elysées côté soleil) ?

Il faut trouver le bon équilibre entre les deux. Ce n’est pas facile, mais cela vaut toujours la peine d’essayer. Si on penche trop d’un côté ou de l’autre, une frustration finira par mettre à mal le projet. C’est, cependant, la tension entre ces deux pôles qui apporte une dynamique propice au développement de son projet.

Un dernier conseil pour les porteurs de projet et/ou les représentants de collectivité territoriale qui vous lisent ?

Pour les porteurs de projet qui sont à la campagne ou qui veulent s’y installer, je leur suggérerais de tester plusieurs approches, de rencontrer rapidement le plus de gens possible et, surtout, de garder toujours l’enthousiasme et la persévérance nécessaire à toute aventure incertaine !

Pour les collectivités territoriales, je leur dirai de s’approprier le label « Campagne d’entrepreneurs » afin que les innovateurs et entrepreneurs sachent que, sur leur territoire, il y fait bon travailler et innover.

Better Life Factory

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