L'association Luska' organise des rencontres entre parents, professionnels & enfants

« Une association est un projet entrepreneurial avant tout. »

L’association Luska’ a été créée par des parents et des professionnels de l’enfance dans le but de tisser des liens, de partager des idées et d’apprendre les uns des autres (enfants, parents et professionnels). Une initiative innovante implantée à Morlaix, dans le Finistère, fruit du parcours de la psychologue Justine Noll. Rencontre.

L'association Luska' organise des rencontres entre parents, professionnels & enfants

Justine Noll

PSYCHOLOGUE ENTREPRENEURE

Quel a été votre parcours jusqu’à l’entrepreneuriat ?

Je m’appelle Justine Noll. Je suis la fille d’un « loulou parisien communiste » travailleur social autoformé et d’une mère infirmière en psychiatrie issue de la petite bourgeoisie morlaisienne post immigration italienne. J’ai une sœur jumelle, ce qui me fait dire que j’ai toujours eu une pensée collective. Même si j’ai amorcé un travail sur l’individuation grâce à 1 an et demi de thérapie.

Scolarité

J’ai eu la chance de débuter ma scolarité dans une école exceptionnelle, par sa pédagogie mais aussi et surtout par le respect et la considération portée aux enfants comme aux parents, par l’ouverture sur le quartier, et l’utilisation des médias artistiques et créatifs comme un mode d’expression à part entière.

Je n’ai jamais été une bonne élève. Mes résultats étaient moyens mais j’étais curieuse et à l’aise.

Je crois que j’ai toujours eu une écoute attentive et le soucis de l’autre. C’est donc naturellement que je me suis orientée vers la fac de psychologie après une année de fille au pair à Madrid.

Là encore, je n’ai pas brillé par mes résultats. En maîtrise, j’ai enfin commencé à maîtriser mon sujet (c’est le cas de le dire…) puisque je me suis spécialisée dans l’enfance (clinique et développement), toujours dans l’éducation.

J’ai été acceptée par chance dans un nouveau master 2 de Psychologie spécialité « Adaptation et intégration scolaire et sociale ». Là, c’est le handicap social plus que moteur ou psychologique qui m’a intéressée.

Je l’ai validé avant de m’envoler pour un voyage de trois mois en Amérique latine avec ma sœur. A mon retour, par la force des choses, je me suis retrouvée à Paris.

Expérience professionnelle

Un premier poste dans un Programme de Réussite Educative. Il s’agit d’une structure ressource auprès des acteurs du terrain dans le champ de la prévention, du soutien à la parentalité et de l’accompagnement des enfants en difficultés.

Puis je suis entrée dans le champ de la protection de l’enfance. Beaucoup de travail, de problématiques complexes car liées à une multitude de facteur de vulnérabilité. Je continue de me former en continu (CNV, Systémie, psychopathologie de l’enfance et lien avec la parentalité, le dessin et le jeu, l’observation des interactions précoces parents enfants). Mes convictions quant à une approche précoce et globale de la famille se renforcent.

Un jour, épuisée par les dysfonctionnements institutionnels (au niveau de mon service, de mon association mais aussi de l’ASE), je décide de retourner sur mes terres bretonnes que j’aime tant pour sa qualité de vie et son dynamisme. C’est là que je souhaite monter mon projet polymorphe et évolutif mais toujours collectif et participatif.

Parlez-nous de votre association.

J’ai cofondé, avec d’autres femmes concernées et engagées dans les questions éducatives, l’association Luska’. Son objet est d’impulser des réflexions et des actions autour de la co-éducation.

Par co-éducation, nous entendons le partenariat parents-professionnels autour de l’enfant et une dimension horizontale de l’apprentissage notamment par les pairs.

Nos valeurs sont :

  • L’humanisme, dans une posture bienveillante veillant au respect et à l’affirmation de chaque individu, dans une vision égalitaire, en s’appuyant sur la solidarité et en la développant ;
  • La coopération entre les enfants dès l’approche pédagogique, afin de développer les habiletés sociales, mais aussi dans le fonctionnement de la structure au sein de l’équipe, avec les parents ainsi que tous les acteurs locaux ;
  • La réflexion, car nous savons que l’homme et son environnement sociétal et écologique sont en constante évolution. Il nous faut nous poser des questions et tenter grâce à l’intelligence collective de trouver des pistes de réponses et les explorer.

Notre projet initial était de monter une crèche à dimension préventive en milieu rural.

Après trois ans, celui-ci a évolué vers un mode de garde en milieu rural qui prend la forme d’une maison d’assistantes maternelles où exerceront les autres cofondatrices.

Pour ma part, j’ai suivi la voie de la prévention en rassemblant autour de moi une autre équipe de femmes tout aussi engagées pour créer un service innovant, itinérant et accessible.

Cette association a vocation à se transformer en société coopérative d’intérêt collectif dès que le modèle économique sera stabilisé.

Quelles ont été les difficultés rencontrées dans cette aventure ?

Déjà, poser les bases d’un projet en prenant en compte les différentes sensibilités et priorités.

Un collectif se construit en acceptant les différences des uns et des autres et en faisant des compromis. On s’en est bien sorti. Même si aujourd’hui je suis la seule des cofondatrice à assumer le côté entrepreneurial de cette aventure.

Lorsque l’on monte un projet, c’est souvent pour une action, un idéal, particulièrement dans l’ESS.

Or, quand beaucoup d’énergie passe dans d’autres aspects que l’action en elle-même, dans des domaines de compétence parfois très éloignés, on peut réellement se lasser. Tout le monde n’a pas envie de s’atteler aux questions économiques, juridiques, marketing, etc.

Pour nous, le plus compliqué a été d’appréhender la dimension économique du projet. D’autant que celui-ci a beaucoup évolué, ce qu’il faut pouvoir accepté.

Lorsqu’il a fallu estimer des tarifs pour des prestations, aucune de nous n’était à l’aise. Cela nous a pris beaucoup de temps. Nous avons tâtonné. Les choses commencent à se caler.

Nous avons été accompagnées dans un idéateur, puis dans l’incubateur du Tag29. Clairement, sans cela, nous n’en serions pas là.

De fait, je ne peux pas dire qu’il nous a manqué quelque chose. Mais parfois je me dis que s’il y avait eu une personne engagée dans ce projet avec une posture plus entrepreneuriale, cela m’aurait probablement soulagée.

Pour autant, j’ai beaucoup appris et je ne regrette rien de ce parcours.

Qu’est-ce qui a été « facile » ?

Le partenariat avec les structures dites de lien social s’est mis en place avec une facilité étonnante !

Le fait que je sois de ce territoire l’explique en partie.

Nous avons aussi eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, du moins du côté des professionnels.

Côté politique, c’est un peu différent même si nous avons aussi eu des soutiens précieux rapidement.

J’ai senti que ce projet, particulier car complètement innovant et donc hors case (pour le service préventif itinérant), résonnait avec un réel besoin de proximité, d’humanité et de coopération.

Quel est votre moteur pour vous lever tous les matins ?

Clairement, le sentiment d’être sur la bonne voie, celle qui correspond à mes valeurs.

Le fait de créer une offre de service en partant des besoins, en inventant au fur et à mesure des rencontres.

Les rencontres avec les jeunes parents et les professionnels qui confirment ces besoins.

Quand je fatigue de toute la charge inhérente au lancement d’un tel projet, la dimension entrepreneuriale mais aussi la dimension collective de l’association, je me demande si j’échangerais ma place avec celle que j’avais il y a 5 ans. Chaque fois, la réponse est invariablement non.

J’ai réussi à réunir autour de moi des personnes exceptionnelles pour un projet remarquable qui vient bousculer les codes et les pratiques. Je suis convaincue que c’est cette manière de faire qui fera du futur une société plus juste, sociale et engagée. Alors je ne lâche rien.

A quoi ressemble votre quotidien professionnel ?

Depuis 10 mois, j’avais réussi à me salarier. D’abord à mi-temps puis à 3/4 temps en passant par un groupement d’employeurs associatifs intersectoriels. J’assurais tous les postes : coordinatrice de l’association, comptable, administratif, commercial, coordinatrice du service préventif, psychologue.

Beaucoup trop pour une personne mais tout projet, même collectif, a besoin d’un leader.

Aujourd’hui, même si notre modèle économique n’est pas tout à fait viable, j’ai préféré embaucher une personne compétente pour m’épauler sur les questions administratives et comptables qui me prenaient énormément de temps, d’énergie et de confiance en moi. C’est un pari risqué mais nécessaire pour ne pas m’épuiser ni me perdre.

Ainsi, je vais pouvoir me concentrer sur ce qui m’anime plus en confiant les fonctions vitales de l’association à quelqu’un de plus compétent. J’espère qu’elle se développera d’autant mieux !

Auriez-vous un conseil à donner à quelqu’un qui hésite encore à se lancer dans un projet entrepreneurial ?

Se faire accompagner dès le départ, pour avoir une réelle idée de ce que cela implique et poser de bonnes bases tout de suite.

Accepter de voir son projet évoluer.

Commencer avec ce qui est là, facile et rapide. Ne pas trop espérer réussir tout de suite car cela prend du temps. On me l’avait dit mais c’est vrai, en moyenne 3 ans. Alors il est important de se ménager.

Parfois, je regrette d’avoir pris mes 2 ans de chômage d’un coup, avec le stress inhérent à la fin des droits, sans que le projet ne soit encore viable. Si c’était à refaire, je ferais des remplacements plus régulièrement. Cela prolongerait mes droits et me rappellerait pourquoi je fais tout ça.

Luska’

Association créée à Morlaix en 2018.

Elle a pour but d’impulser des réflexions collectives et des actions autour de la co-éducation.

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